Comment s'excuser auprès d'un ami d'avoir disparu
Tu vas écrire à quelqu'un après longtemps et la première chose que tu veux faire, c'est t'expliquer. C'est compréhensible : tu portes depuis des mois la sensation d'avoir failli et tu veux la déposer. Mais il vaut la peine de comprendre ce qu'une longue excuse fait vraiment en arrivant de l'autre côté.
Le problème de la longue excuse
Un paragraphe de pardon fait deux choses que tu ne visais pas. La première : il transforme les retrouvailles en sujet sur toi. Au lieu de reparler, la conversation commence en traitant ta culpabilité comme l'affaire principale. La deuxième, plus importante : il donne du travail à l'autre. Il doit maintenant répondre que ce n'est rien, qu'il n'a pas écrit non plus, qu'il ne faut pas y attacher d'importance. Tu lui as confié la tâche de t'absoudre en échange de ton soulagement.
Il y a en plus un effet d'échelle. Plus l'excuse est longue et émue, plus la faute paraît grande, et plus tout devient solennel. Deux ans de silence entre amis, c'est quelque chose d'assez ordinaire ; le traiter comme une offense grave oblige l'autre à décider si ç'en était une.
Ce qu'il faut vraiment
Il ne s'agit pas d'ignorer le silence. Faire comme si aucun temps n'était passé se voit aussi, et dans certaines amitiés ça se lit comme un manque de reconnaissance. Ce qu'il faut, c'est le nommer et continuer.
- Ça fait un temps délirant, et je sais que c'était mon tour.
- J'ai disparu. Il n'y a pas de bonne excuse et je ne vais pas t'en inventer une.
- Beaucoup trop longtemps. Tu m'as manqué.
Une phrase. Ensuite, immédiatement, quelque chose qui ramène la conversation au présent ou au passé commun : une question précise, un souvenir, une bêtise. C'est ça qui permet à l'autre de répondre sans avoir d'abord à gérer tes sentiments.
Ce qu'il faut éviter
L'inventaire des excuses. Le travail, le déménagement, l'année difficile. Tout peut être vrai et fonctionne quand même mal, parce que ça sonne comme une plaidoirie et parce que, honnêtement, ton ami aussi a eu une année.
La promesse. Je te promets que ça ne se reproduira pas. C'est la phrase par laquelle commence la dette suivante. Si dans sept mois tu es à nouveau silencieux — ce qui est assez probable, parce que la vie est comme ça —, tu auras en plus manqué à une promesse.
L'excuse préventive pour le message lui-même. Désolé de débarquer comme ça. Ça transforme ton apparition en gêne avant même que l'autre ait pu décider si c'en est une. Ça n'en est presque jamais une.
Le partage des responsabilités. Bon, toi non plus tu n'as pas écrit. Même si c'est vrai, il n'y a rien à y gagner, et les retrouvailles commencent par une dispute.
Quand il faut plus que ça
Il existe un cas où la phrase courte ne suffit pas : quand le silence est tombé à un moment où l'autre avait besoin de toi. Si tu as disparu pendant sa séparation, sa maladie ou l'année où quelqu'un est mort, ce n'est pas un simple trou de calendrier et le traiter comme tel se voit.
Là, il vaut mieux le dire avec son nom et sans ornement : Je sais que j'ai disparu exactement au moment où tu allais mal. Je m'en rends compte et je ne veux pas passer à côté. Puis se taire et écouter ce qui vient, même si c'est inconfortable. Ce qui répare ce genre de silence, ce n'est pas une excuse mieux rédigée, c'est de ne pas le refaire : être là les fois suivantes, sans qu'il faille un grand motif.
La partie que personne n'attend
La réaction la plus fréquente à ces messages n'est ni le reproche ni la froideur. C'est une excuse en retour. Presque tous ceux qui reçoivent un je me rends compte que ça fait une éternité que je n'ai pas écrit répondent par une version de moi non plus, j'y pensais aussi, ça me fait plaisir que tu écrives.
Ça arrive parce que le silence n'a presque jamais été la décision de quelqu'un : c'était une boucle dans laquelle vous étiez tous les deux coincés pour les mêmes raisons. Quand quelqu'un la brise, ce qui se produit en face n'est pas un jugement, c'est un soulagement. Et pour ça, une phrase suffit parfaitement.